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« Donner un signal-prix au carbone est indispensable »

Publié dans Se chauffer / 12 janvier 2012

« Donner un signal-prix au carbone est indispensable »
Le marché européen du carbone subit de plein fouet le ralentissement économique depuis la crise de 2008. Le prix de la tonne a atteint son plus bas niveau et il est désormais urgent de donner un signal-prix au carbone pour atteindre les objectifs européens en matière de réduction des gaz à effet de serre. Explications de Pierre Ducret, président de CDC Climat.

 

Le prix de la tonne de carbone a atteint son plus bas niveau depuis la création de l’ETS (Emissions Trading System).  Quel va être l’avenir de ce marché ?

Pierre Ducret. Face au contexte actuel, un débat s’ouvre sur l’objectif de ne pas laisser s’évanouir l’efficacité de cet outil, qui constitue un actif européen de premier plan pour parvenir aux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cet outil est effectivement en train de devenir inefficace, alors qu’il reste indispensable pour orienter les investissements dans la lutte contre le réchauffement climatique et la transition vers une économie sobre en carbone. Il faut  rappeler que l’Europe s’est engagée à atteindre une réduction de 80% de ses émissions de C02 en 2050. Ceci suppose que les investissements de la décennie en cours préparent cette transition. Or, c’est précisément le signal prix donné aujourd’hui au carbone qui détermine la rentabilité des investissements dans les énergies et les technologies vertes.
Le système des quotas de CO2 est sans doute le meilleur outil de politique publique existant. D’ailleurs, il n’y a pas de solution alternative : une taxe carbone européenne a peu de chances de voir le jour. Enfin, les quotas de carbone constituent également une source de recettes fiscales pour les Etats membres, ce qui mérite d’être souligné en cette période de crise budgétaire.

Comment relancer ce marché ?

Il faut impérativement donner un  prix significatif au carbone, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui en raison des deux récessions économiques, celle de 2008 et celle que nous connaissons actuellement. Ces crises ont entraîné un ralentissement de la  consommation d’énergie et de la production industrielle et donc une sous-utilisation des quotas de C02 par les secteurs de l’énergie, du ciment, de l’acier etc. Ce surplus de quotas peut être reporté sur la phase 2013/2020 de l’ETS. C’est un élément essentiel de flexibilité dans le temps mais à court terme, il crée un excédent, d’environ 700 millions de tonnes, qui ne pourra pas être résorbé avant 2020, sauf croissance économique spectaculaire peu probable. Sans action politique, le prix restera donc bas à court terme, trop bas pour orienter les investissements. D’où la nécessité d’agir maintenant pour conserver son efficacité à la politique énergie-climat européenne. Outre l’idée déjà répandue selon laquelle il faut jalonner d’objectifs intermédiaires la période 2020/2050, nous proposons un prix plancher pour les quotas qui seront mis aux enchères pendant la période 2013/2020

Quel doit être ce prix plancher ?

Nous proposons qu’il soit fixé à 17 euros la tonne, prix en deçà duquel le marché resterait inefficace. Ce prix est également celui retenu par l’Australie, qui a très courageusement lancé son propre marché carbone alors que son modèle énergétique repose jusqu’ici sur le charbon. A cet égard, l’Europe ne peut pas faire moins…


Faut-il également réduire les volumes de quotas?

Nous pensons qu’un prix minimum européen pour les quotas mis aux enchères – le marché primaire – est plus conforme à l’esprit du marché qu’un retrait de quotas qui changerait d’emblée l’objectif quantitatif d’émissions pour 2020. Cette réglementation ne s’appliquerait qu’aux 50% de quotas qui vont être mis aux enchères pour la période 2013-2020. Cette mesure a aussi l’avantage de ne pas impacter la position diplomatique de l’Europe : pas de modification de l’objectif de -20% en 2020 tant que les autres régions du monde n’ont pas accepté un tel engagement contraignant, ce qui va être l’objet de la négociation post-Durban  Mais les deux mesures visent le même objectif. Notre proposition est une contribution au débat qui s’ouvre sur ce sujet.

Quelles sont les conséquences de la chute du prix du carbone sur les crédits carbone émis par les projets MDP ?

Le Mécanisme pour un développement propre (MDP) permet aux acteurs économiques du Nord d’obtenir des crédits carbone* grâce à des projets « verts » réalisés dans des pays en développement et assurant leur transition énergétique. Si le prix du quota sur le marché chute, le prix de ces crédits chute également, d’autant plus qu’ils seront eux aussi excédentaires par rapport aux capacités d’absorption du système européen, leur principal débouché  jusqu’en 2020…Ce qui signifie que les porteurs de projets comme les investisseurs n’ont plus d’intérêt à développer des projets qui sont pourtant indispensables pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les pays en développement et attirer des capitaux. Rappelons que le « Fonds vert » mondial, qui doit atteindre 100 milliards $ par an, repose pour une part importante (de 25 à 30%) sur les investissements qui pourront être réalisés dans le cadre du MDP. Enfin, il serait absurde que l’Europe exclue les pays méditerranéens et africains de sa politique. Il faut au contraire faire converger la finance carbone avec la politique d’aide au développement. Le MDP peut être un outil de synchronisation Nord/Sud de la transition vers l’économie verte.

Quelles sont vos propositions pour absorber ces excédents et assurer l’efficacité du MDP ?

La solution que nous proposons est pour l’essentiel de nature diplomatique et nous paraît se situer dans la continuité de la conclusion de Durban et des orientations déjà prises par l’Europe : il s’agit d’acter que les crédits émis par les projets MDP des pays émergents, principalement la Chine, y compris ceux enregistrés avant le 31/12/2012 ne seront plus acceptés dans le système européen dès 2015 si ces pays n’ont pas pris d’engagements contraignants de réduction des émissions de CO2 pour l’horizon 2020. Cette annonce ferait remonter le prix des projets situés dans les pays en développement qui seraient de ce fait plus assurés de rencontrer une demande suffisante. L’Europe doit utiliser le MDP pour assurer la transition vers l’économie verte des pays qui en ont le plus besoin, c’est à dire les pays moins avancés, et des pays situés dans la proximité de l’Europe – en Méditerranée notamment.

* Crédits appelés « Réductions Certifiées d’Émissions ». L’objectif est de permettre aux pays du nord de compenser leurs émissions de CO2 en favorisant le développement « vert » des pays les plus pauvres.

**Premier émetteur mondial de CO2, la Chine a très tôt compris les avantages de ce mécanisme qui lui permet de faire financer une partie de ses programmes de constructions de barrages hydroélectriques, de fermes éoliennes ou de destruction de gaz polluants par les pays développés. Actuellement, la Chine remporte près de la moitié de l'ensemble des crédits MDP. L'Afrique, elle, n'en touche que 2 %.

 

Propos recuellis par Véronique Smée

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