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Les fables du bois et de la forêt

Publié dans S'informer / 18 décembre 2012

Les fables du bois et de la forêt

L'arbre malade

C'était un arbre immense

Aux branches centenaires
Un arbre aux feuilles qui dansent
Dans un flot de lumière...
Le roi passait chaque jour
Sous son feuillage dru,
Il avait de l'amour
Pour ce chêne moussu.
Par un beau matin d'août,
Il s'allongea dessous :
Trop fatigué sans doute,
Ou bien légèrement saoul.
Toujours est-il que deux
Petites feuilles bien vertes
Tombèrent sous ses yeux
Sur sa chemise ouverte.
Les prenant dans la main,
Il les examina :
L'une couverte de points
L'autre sèche, sans éclat...
Les feuilles étaient malades.
Une brève escalade
Montra au roi peiné
Que toutes étaient touchées.
Il décida d'agir,
Fit mander ses valets
Leur ordonna d'aller
Un remède quérir.
Ceux-ci firent de leur mieux :
Chaque feuille fut enduite
D'un baume miraculeux.
Il coûta cent pépites.
Le baume eut peu d'effet :
Les feuilles se ternissaient,
Sèchaient et puis tombaient
Par centaines, par milliers.
Un mage venant de loin,
Trouva, lui, le moyen
Par un fil très discret
De toutes les rattacher.
L'illusion fut totale
Mais de courte durée :
A la chute fatale,
Nul ne put s'opposer.
Devant cette impuissance
A sauver son ami,
Le roi entra en transe
Et redoubla de cris.
Comment se résigner
A cette mort annoncée ?
C'est alors qu'apparut
Une tête chenue...
Une vieille courbée,
Petite et vermoulue,
S'essayant à marcher
Sur sa canne tordue.
"Laissez-moi un peu seule"
Dit la vieille à son roi.
Elle regarda les feuilles
Elle regarda le bois...
Puis sa main doucement
Se posa sur l'écorce,
Sentit du tronc la force,
Descendit lentement
Vers la base du chêne.
Et là, sans hésiter,
Elle se mit à creuser,
Sans ménager sa peine.
Elle dégagea bientôt
Une énorme racine
Fouillant tout le terreau
Pour trouver quoi ? Devine !
"Vous perdez votre temps! "
Dit le roi, agacé.
"Le croyez-vous vraiment ?
Eh bien, roi, regardez !"
Et sous le nez royal,
Elle brandit, triomphale,
Le tenant par la queue,
Un souriceau furieux !
Le rongeur affamé
Dévorait la racine,
Tranquille, bien caché
D'une dent assassine...
Depuis de longues années,
Il faisait là bombance,
Grignotant la santé
Du grand chêne en souffrance !

Le vieux Arbre et le Jardinier


Un jardinier, dans son jardin,
avoit un vieux arbre stérile ;
c' étoit un grand poirier qui jadis fut fertile :
mais il avoit vieilli, tel est notre destin.
Le jardinier ingrat veut l' abattre un matin ;
le voilà qui prend sa cognée.
Au premier coup l' arbre lui dit :
respecte mon grand âge, et souviens-toi du fruit
que je t' ai donné chaque année.
La mort va me saisir, je n' ai plus qu' un instant,
n' assassine pas un mourant
qui fut ton bienfaiteur. Je te coupe avec peine,
répond le jardinier ; mais j' ai besoin de bois.
Alors, gazouillant à la fois,
de rossignols une centaine
s' écrie : épargne-le, nous n' avons plus que lui :
lorsque ta femme vient s' asseoir sous son ombrage,
nous la réjouissons par notre doux ramage ;
elle est seule souvent, nous charmons son ennui.
Le jardinier les chasse et rit de leur requête ;
il frappe un second coup. D' abeilles un essaim
sort aussitôt du tronc, en lui disant : arrête,
écoute-nous, homme inhumain :
si tu nous laisses cet asyle,
chaque jour nous te donnerons
un miel délicieux dont tu peux à la ville
porter et vendre les rayons :
cela te touche-t-il ? J' en pleure de tendresse,
répond l' avare jardinier :
eh ! Que ne dois-je pas à ce pauvre poirier
qui m' a nourri dans sa jeunesse ?
Ma femme quelquefois vient ouir ces oiseaux ;
c' en est assez pour moi : qu' ils chantent en repos.
Et vous, qui daignerez augmenter mon aisance,
je veux pour vous de fleurs semer tout ce canton.
Cela dit, il s' en va, sûr de sa récompense,
et laisse vivre le vieux tronc.
Comptez sur la reconnoissance
quand l' intérêt vous en répond.

Fable de Jean-Pierre Claris de Florian

Le Chêne et le Roseau

Le Chêne un jour dit au Roseau :
"Vous avez bien sujet d'accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d'aventure
Fait rider la face de l'eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d'arrêter les rayons du soleil,
Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n'auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l'orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
- Votre compassion, lui répondit l'Arbuste,
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. "Comme il disait ces mots,
Du bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.


Fable de Jean de LA FONTAINE

Le singe et le menuisier

On raconte qu’un singe observa un menuisier fendre une planche de bois à l’aide de chevilles ; et cela lui parut intéressant.
Le menuisier partit pour régler quelque affaire.
Le singe se leva et entreprit une action qu’il ne maîtrisait pas : il enfourcha la planche, le dos tourné à la cheville et le museau pointé vers l’extrémité de la planche. Inopportunément, sa queue se glissa dans la fente ; il enleva la cheville et la fente se referma brusquement sur sa queue ; la douleur fut si vive qu’il s’évanouit.
Puis le menuisier revint et trouvant qu’il avait pris sa place, il se mit à le frapper sans s’arrêter.
Les coups reçus du menuisier furent encore plus terribles que la douleur subie par sa queue, prise dans la fente de la planche.

Fable : IBN-AL-MUQAFFA


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